La Commission européenne a récemment lancé un appel à contributions autour du logiciel libre et de la souveraineté numérique. Cette initiative remet sur le devant de la scène des enjeux qui dépassent largement le cadre technologique et concernent directement les directions des systèmes d’information.
Degré de dépendance aux éditeurs non européens, maîtrise des données, capacité à faire évoluer les systèmes d’information sur le long terme : pour les DSI, la souveraineté numérique n’est plus un concept théorique, mais une question opérationnelle et stratégique. Dans ce contexte, le rôle des solutions open source, et en particulier des ERP, mérite d’être examiné avec attention.
La souveraineté numérique, un enjeu désormais structurant pour les DSI
Pendant longtemps, la souveraineté numérique a été perçue comme un sujet institutionnel ou politique, relativement éloigné des préoccupations quotidiennes des DSI. Cette vision a profondément évolué.
Aujourd’hui, la dépendance à des solutions propriétaires, souvent associées à des modèles d’exploitation fermés, soulève des questions concrètes pour les DSI : contrôle des données critiques, possibilité de récupérer ou migrer les données (réversibilité) et respect des obligations liées à l’exploitation et à la sécurité de l’infrastructure.
Ces enjeux dépassent le choix d’un ERP particulier isolé et s’inscrivent dans une réflexion plus large sur l’architecture du SI, les modèles contractuels et l’hébergement des données. Il s’agit de conserver la capacité à faire évoluer l’ensemble du système d’information sans dépendances excessives à un éditeur ou à un modèle fermé.
Pourquoi l’open source s’invite dans la réflexion stratégique
Dans ce contexte, l’open source ne constitue pas une réponse universelle, mais il introduit des leviers qui intéressent de plus en plus les directions des systèmes d’information.
L’accès au code d’une application, la limitation du verrouillage propriétaire et la possibilité de s’appuyer sur un écosystème ouvert offrent une plus grande liberté dans les choix d’architecture et d’évolution du SI. À l’échelle d’un ERP, ces caractéristiques prennent une importance particulière : l’ERP concentre des données critiques, structure les processus métiers et s’inscrit généralement dans des cycles de vie longs.
ERP open source : une alternative crédible
Longtemps cantonnés à des usages périphériques, les ERP open source ont considérablement gagné en maturité ces dernières années. Ils ne se positionnent plus uniquement comme des solutions alternatives pour des périmètres restreints, mais comme des plateformes capables de s’adapter à des environnements complexes, multi-entités et réglementés.
Pour un DSI, l’intérêt ne réside pas uniquement dans le caractère open source du produit, mais dans l’équilibre entre ouverture, robustesse et capacité à s’inscrire dans une gouvernance SI exigeante. Un ERP open source mature permet d’envisager des déploiements progressifs, de maîtriser la complexité applicative et de conserver une capacité d’arbitrage sur le long terme.
C’est dans ce cadre que certaines solutions, comme Odoo, suscitent aujourd’hui un intérêt croissant au-delà du segment des PME, notamment dans les ETI, les grands groupes et le secteur public.
Odoo dans une logique de souveraineté et de maîtrise du SI
Sans être un projet institutionnel européen au sens strict, Odoo s’inscrit dans une dynamique qui résonne avec les enjeux mis en avant par la Commission européenne : un socle open source, une forte adoption en Europe et un écosystème structuré de partenaires. La présence d’une filiale en France s’inscrit également dans cette logique, en facilitant l’alignement avec les cadres réglementaires nationaux et les attentes des organisations publiques et privées.
Sur le plan applicatif, Odoo s’appuie sur un socle ERP centralisé tout en restant flexible : modularité fonctionnelle, interopérabilité avec l’existant et personnalisation poussée. Ces qualités permettent de l’intégrer dans des SI hétérogènes, tout en respectant les règles de gouvernance et les standards d’architecture existants.
Le rôle clé de l’écosystème et des partenaires d’intégration
Le support et la pérennité sont des préoccupations récurrentes concernant les ERP open source. Odoo répond à ces exigences grâce à un large réseau d’intégrateurs expérimentés pour l’accompagnement opérationnel, et à une communauté de développeurs très active (notamment via l’OCA) assurant l’évolution continue de l’outil.
Les partenaires d’intégration jouent un rôle central dans la mise en œuvre et l’évolution des ERP open source. Ils assurent le cadrage des besoins, l’architecture fonctionnelle et technique, ainsi que l’alignement du projet avec les exigences de gouvernance du SI. La présence d’Odoo en France vient renforcer cet accompagnement local, en facilitant l’alignement avec les cadres réglementaires nationaux et les besoins spécifiques des organisations publiques et privées.
Selon les contextes, ces intégrateurs travaillent en lien avec des partenaires hébergeurs — ou assurent eux-mêmes certaines prestations — afin de répondre aux enjeux d’infrastructure : sécurité, PRA, localisation des données en Europe. Cette articulation entre logiciel, intégration et exploitation constitue un élément clé pour les DSI souhaitant conserver la maîtrise de leur système d’information et de leurs données dans une démarche de souveraineté numérique.
Vers une nouvelle grille de lecture pour les choix ERP
L’appel à contributions de la Commission européenne invite à repenser les conditions d’adoption du logiciel libre à grande échelle. Pour les DSI, il constitue surtout un signal : les choix technologiques, et notamment applicatifs, participent désormais pleinement aux enjeux de souveraineté, de maîtrise des données et de capacité d’évolution du SI.
Dans ce contexte, les ERP open source méritent d’être évalués comme des options stratégiques à part entière. Non pas comme une alternative idéologique, mais comme des solutions capables de s’inscrire durablement dans des architectures SI exigeantes, aux côtés des modèles plus traditionnels.