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Cloud souverain et ERP : reprendre la main sur l’architecture du SI

2 février 2026 par
Cloud souverain et ERP : reprendre la main sur l’architecture du SI
Pauline Missio

L’actualité récente autour d’AWS (Amazon Web Services) et la création de l’AWS European Sovereign Cloud, une infrastructure conçue pour renforcer l’autonomie opérationnelle de ses services en Europe, constitue un signal fort pour les DSI. Elle montre que la question de la souveraineté ne se limite plus à des considérations politiques ou réglementaires, mais devient un facteur structurant des stratégies cloud des grandes plateformes.


Pour les organisations européennes, cette évolution traduit une attente claire : pouvoir bénéficier de la puissance du cloud tout en conservant une capacité de décision sur la localisation, l’exploitation et la gouvernance de leur système d’information.


Ce que le cloud souverain change concrètement dans l’architecture du SI

Pour les directions des systèmes d’information, le cloud souverain modifie la manière d’aborder les décisions d’infrastructure. Il ne s’agit plus seulement d’arbitrer entre on-premise et cloud public, mais de construire une architecture capable de répondre simultanément à des exigences de performance, de conformité (RGPD) et de pérennité.


La localisation des données et le respect des cadres réglementaires européens restent fondamentaux, mais ils s’inscrivent désormais dans une réflexion plus large sur la gouvernance du SI et la capacité à maîtriser les dépendances technologiques.


Gouvernance du SI : l’importance de clarifier les responsabilités

L’actualité autour d’AWS met en lumière un point souvent sous-estimé dans les stratégies cloud : la souveraineté ne repose pas uniquement sur la localisation des données, mais sur la capacité des DSI à organiser une gouvernance claire et maîtrisée du système d’information.


La gouvernance du SI repose sur une définition claire des rôles et responsabilités : qui opère l’infrastructure, qui administre les plateformes, qui est responsable de la sécurité des données et dans quelles conditions la réversibilité est assurée. Dans un environnement cloud, cette clarification est d’autant plus critique que les responsabilités sont réparties entre plusieurs acteurs et que la dépendance à des prestataires externes est inhérente au modèle. L’objectif n’est donc pas de supprimer cette dépendance, mais de la rendre explicite, maîtrisée et réversible par des dispositifs organisationnels, techniques et contractuels adaptés, indépendamment de la localisation géographique des données.


Pour les DSI, l’enjeu est donc moins de choisir un modèle unique que de structurer une architecture dans laquelle les responsabilités sont explicitement réparties entre les équipes internes, les intégrateurs et les partenaires d’hébergement. Cette approche conditionne la capacité à piloter le SI sur le long terme, à sécuriser les données critiques et à conserver une autonomie réelle face aux évolutions technologiques et réglementaires.


ERP et cloud souverain : des choix d’architecture concrets

Pour la partie applicative, le choix d’un cloud souverain en Europe offre aux DSI un levier pour intégrer ces outils dans une architecture globale contrôlée et cohérente.


Un ERP comme Odoo centralise des données financières, clients et opérationnelles. En raison de leur nature confidentielle, l’hébergement de ces données doit garantir la sécurité et la conformité réglementaire. Un cloud souverain permet de :


Encadrer juridiquement et contractuellement l’exploitation des applications critiques

Si la maîtrise des interactions applicatives relève avant tout de l’architecture du SI, le choix d’un cloud souverain européen permet d’inscrire l’exploitation de l’ERP et de ses données dans un cadre juridique et contractuel maîtrisé. Pour une application centrale comme Odoo, cela contribue à réduire la complexité des démarches de conformité et d’audit, et à renforcer la traçabilité des traitements.


Encadrer le cycle de vie de l’ERP dans une architecture gouvernée

Un ERP modulaire comme Odoo conserve sa flexibilité fonctionnelle quel que soit son mode d’hébergement. En revanche, le recours à un cloud souverain européen permet de structurer le pilotage des évolutions de l’ERP (montées de version, activation de modules, opérations de maintenance) dans un cadre de gouvernance maîtrisé, aligné avec les exigences européennes et les règles d’architecture du SI.


Le cloud souverain ne se substitue ni à l’architecture applicative ni à la gouvernance du SI ; il en constitue un cadre d’exercice, permettant aux DSI de conserver une capacité de décision et d’arbitrage sur les applications critiques dans la durée.

Conclusion : reprendre la main sur l’architecture du SI

Le lancement de l’AWS European Sovereign Cloud illustre l’importance d’une gouvernance et d’une architecture réfléchies pour garantir la souveraineté numérique, tout en préservant l’autonomie, la sécurité et la capacité d’évolution du système d’information. Intégré dans une vision globale du SI, le cloud souverain constitue un levier stratégique, où infrastructure et applications sont conçues de manière coordonnée, au service de la performance et de la résilience de l’organisation.


Cette réflexion sur la maîtrise et la souveraineté peut également s’étendre au niveau applicatif : les choix autour des ERP et des logiciels critiques, qu’ils soient open source ou propriétaires, participent pleinement à la cohérence et au contrôle global du SI.



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